Les Zazakel de Madame Gascar
Entre le nord-est (Manompana), Tanjombato (au centre), le sud profond, une plongée dans un pays fabuleux à la découverte des enfants de Madagascar.

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La vie au village

 

Manompana est un gros village, plus d'un millier d'habitants. La plupart d'entre eux sont pêcheurs ou paysans. Le riz est la culture principale. Nous étions d'ailleurs en pleine période de récolte à notre arrivée. Période faste au demeurant où l'argent de l'année montre le bout de son nez.

On remarque rapidement le nombre conséquent d'enfants. La population est donc plutôt jeune. Peu de personnes âgées. Les femmes sont aussi très souvent sans mari et notamment les jeunes femmes qui sont enceintes très jeunes suite à une relation éphémère. La vie est dure ici. L'argent est le nerf de la guerre et sans argent on ne peut pas vivre. C'est terriblement vrai ici! Chaque jour les pêcheurs partent en mer ramener une pêche incertaine et la vendent pour assurer leur besoin quotidien. Tout se paie ici : les maigres services se monnaient (rapporter des coquillages récoltés au bord de la plage, des plantes déterrées dans la forêt...), les charmes des filles également. Sans argent, on ne peut pas acheter le riz nécessaire au repas quotidien. La vie s'écoule mora mora (doucement) au rythme des saisons, des travaux des champs, sans changement.

C'est une impression douce pour nous autres occidentaux qui vivons dans le stress mais l'image douce heureuse ne s'offre qu'à nos yeux et juste pour un instant si l'on prend soin de s'attarder un peu. On découvre une grande misère qui contraste avec les richesses naturelles incommensurables de cette terre. Les sourires affichés dont les malgaches vous gratifient sans compter n'en sont que plus profonds, plus aimables.

 

 



Publié à 19:35, le 6/08/2009,
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Un village de brousse au bord de la mer...

 

Manompana est située dans la baie de Tintingue, juste en face de Sainte Marie. Notre arrivée à la nuit tombée, nous a gratifié d'une surprise au petit matin. Nous découvrons un endroit d'une beauté de carte postale, une baie splendide, des plages immenses de sable blanc isolées, une mer captivante tantôt surmenée, tantôt soumise à la protection de la baie, une végétation composée d'arbres qui inspirent le rêve, palmiers, cocotiers mais aussi filaos, et plus loin dans les terres, des palissandres, des pandanus, du bois de rose, des fougères arborescentes... C'est une zone tropicale baignée de pluies à longueur d'année. Nous sommes actuellement en hiver, la saison où il pleut et l'été, on dit ici la saison des pluies. Il pleut donc souvent, ce qui nous a causé quelques bourdons au cours de notre mois mais la pluie explique cette végétation luxuriante et offre à ces paysages un palette de vert infinie.

Chaque matin nous parcourrions 1km 5 sur la nationale pour rejoindre l'association au cœur du village. Nous longions chaque jour cette mer et ces paysages si intenses. J'étais dans la carte postale!

voir aussi l'album des paysages de Manompanawww.uniterre.com/membre/colette/album/

 

 



Publié à 19:22, le 6/08/2009,
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Des rencontres..

 

Durant ce mois ici, on apprend à connaître les gens.

Il y a Madame Clément, qui tient cette épicerie minuscule où l'on trouve de nombreuses choses (tomates, oignons, ail, petits sablés et madeleines – ah ces petites madeleines!) elle est toujours avec un sourire d'ange et ses bonbons coco nous délectent.

 

 

 

 

Il y a Ahmad, tenancier de notre gargote favorite, notre cantine du midi. Il nous fait toujours des bons petits plats simples mais d'une fraîcheur qui ferait pâlir la grande distribution de nos contrées. Pour à peine 50 ctms d'euros (1500 arriary) je savourais une petite salade de tomates, une langouste en sauce et un demi-plat de riz malagacy. Les poissons grillés, les poissons sauces, les brochettes de zébu ou les soupes de pâtes sèches à la mode asiatique étaient un régal. Ahmad était aussi l'un des rares au village à posséder un groupe électrogène qu'il mettait en route de temps au temps pour le plus grand plaisir des enfants collés à la télévision qui crachait des rythmes endiablés venus du Nord de Madagascar.. Une occasion pour nous de recharger nos appareils électriques et de contempler cette scène.

 

 

  une enseigne de la gargote qui invite en substance à laisser son hypocrisie dehors

 

 

Il y a Pilou, le philippin plongeur pêcheur qui sous l'emprise de l'alcool – trop de rhum! - nous propose de revenir le lendemain avec des huîtres. On doute ? Et puis le lendemain, fidèle à sa promesse, il revient tout aussi ivre avec son assiette garnie et nous gratifie en plus de poulpes cuisinées. Ah ce Pilou !

 

 

 

 

Il y a Prospère, un vrai homme d'affaire celui-là. Il tient une boutique où l'on trouve aussi bien de la vache qui rit qu'on achète en quartier, que du pétrole pour faire fonctionner les groupes électrogènes, que des verrous de sous-catégorie importés de Chine et qui tournent à l'envers. Devant son grand magasin,chaque jour, les joueurs de pétanque se rejoignent pour des parties qui semblent ne cesser qu'avec la pluie ou la nuit. Il faut dire qu'à Madagascar, la pétanque est « le » jeu national.

Il y a aussi M. Colas, un ancien de la marine marchande française, Augustin le guide de la forêt, Kikou et sa petite famille d'une incroyable intelligence et porteur d'une association de villageois.

Et puis il y a Dadabé, ce vieil homme qui occupe la case en ruine juste à côté de notre logis. Un personnage incroyable que j'ai pris pour un oiseau la première fois que je l'ai entendu. Haut en couleur, Dadabé est un ancien plongeur de Ste Marie qui a choisi de rester Saint Marien et donc malgache quand les français lui ont demandé de choisir à l'Indépendance. Il soigne les gens avec des plantes et autres gri-gri. Tout à la fois guérisseur des corps et des âmes, les gens le craignent autant qu'ils le sollicitent.

Et d'autres encore : Bradiche, l'américain un peu mégalo qui plein de bonne volonté et amoureux de Mada se fait construire une villa en dure aux couleurs du drapeau malgache et au confort luxueux dans l'espoir d'attirer de potentiels américains pour enseigner l'américain aux malgaches.

J'oublie sans doute et parfois volontairement d'autres personnages tout aussi truculents. Ils me le pardonneront.

 

 



Publié à 19:46, le 5/08/2009,
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L'école, la bibliothèque

 

 

 

Notre activité au sein de la bibliothèque était organisée ainsi : le matin, soutien scolaire et l'après-midi, animation. Les enfants étaient peu nombreux le matin, ils sont peu motivés par la lecture ou l'écriture en français. Le programme scolaire leur impose un apprentissage dans les deux langues et pour certaines matières (les sciences en général), on ne parle que le français. Or , leur langue naturelle est le malgache, à la maison, entre copains on ne parle que le malgache. Il est donc très difficile de maîtriser la langue de Molière si difficile. L'apprentissage est aussi en cause. Notre visite dans l'école primaire du village nous a fait prendre conscience de pas mal de choses. Les enfants sont près de 40 en classe ne vont à l'école qu'à mi-temps. L'autre mi-temps étant consacré à d'autres enfants. L'instituteur fait donc la classe deux fois par jour. Les cours sont écrits au tableau et recopiés par les élèves sur leur cahier proprement tenu. Il fait la classe dans les deux langues et les élèves apprennent par cœur mais ne comprennent pas ce qu'ils apprennent. L'enseignant qui n'est pas régulièrement payé par l'administration malgache doit parfois cumuler un autre travail pour vivre et il n'est pas rare qu'il soit absent. Quand aux enfants, peu motivés par leurs parents qui préfèrent les occuper aux corvées quotidiennes, ne sont guère intéressés par l'école. Malgré ce tableau noir – c'est le cas de le dire – j'ai été soufflé du calme qui règne dans les classes, du respect de l'adulte.

L'après-midi à la bibliothèque, le décors est différent. Ce ne sont plus les livres de la bibliothèque qui animent les enfants mais les jeux, les coloriages et activités manuelles. Ils adorent et redemandent. Ils sont très curieux de nous voir, d'observer ce que nous faisons.

 

 

Certains jeux ont la côte : le jeu des Petits cheveaux, les puzzles – alors que la plupart sont incomplets, les mécanos....

Mon projet sur l'astronomie a été quelque peu chamboulé. La difficulté de compréhension en est la raison principale, j'ai donc abordé quelques expériences et quelques notions avec les plus grands qui étaient particulièrement passionnés du sujet jusqu'à ma désarmer devant leurs questions. Nous avons pu réaliser au final un grand mobile « Système solaire » .

 

 

Pour les plus jeunes, place à l'improvisation, le mélange en âge – certains enfants venaient même à la bibliothèque avec sur leur dos leur petites sœurs qui savaient à peine marcher – leur attention furtive, leur assiduité relative – certains restaient 5mn tandis que d'autres 3h chaque jour, tout cela était assez déroutant au démarrage. Puis avec le temps, j'appris à me laisser aller, je leur proposais un jeu d'extérieur inventé, une activité fabrication de chapeau en papier crépon, une construction de paysage en pâte à modeler, une chanson que j'allais chercher au fin fond de mes souvenirs d'enfant. A toutes ces propositions, ils se montraient attentifs, curieux d'essayer et j'appris à les connaître davantage.

 



Publié à 19:59, le 4/08/2009,
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Zazakel (enfant)

 

Il y a Jason, un adolescent doué en classe, vrai intello qui se cache sous une casquette américaine dont il ne se sépare jamais. Il dévore les livres de la bibliothèque. Il comprend très bien le français mais n'ose pas le parler. Il joue les troublions, celui qui aime mettre en boîte les autres pour qu'on ne s'intéresse pas à lui.

Il y a Arthur, son copain. Plus mûr, moins énervé, et tout aussi passionné par la connaissance. Il est avide de connaître les étoiles. Il est le seul à s'être rendu à mon mon rendez-vous d'observation nocturne du ciel étoilé. Un spectacle grandiose ! On a tellement peu l'habitude en France de voir ces splendeurs. Arthur est timide mais nous avons réussi à avoir de bonnes discussions. Son père est pêcheur et part en pirogue chaque nuit dans la baie pour pêcher à la torche.

 

 

Il y a Clément, le frère d'Arthur. Même genre d'ado, tout aussi accro à la bibliothèque.

Et pourtant ces 3 là, je pouvais leur demander un peu n'importe quoi, je me souviens de ce premier jour où je leur ai proposé une course avec un ballon entre les jambes. Ils n'avaient pas peur du ridicule!

Il y a Jessica, jeune fille de 16 ans. Une habituée de la bibliothèque qui aime parler français, une jolie fille qui grandit trop vite et se laisse déjà séduire et offrir aux hommes. Les filles malgaches sont en général femmes très jeunes. Elles murissent plus vite que les garçons. Elles aiment plaire et sont souvent très sexy. Il n'est pas rare qu'elles tombent enceinte très jeunes malheureusement et l'avenir des filles est ici réduit à leur condition de mère exclusivement.

Il y a Nirina. Douce Nirina avec des yeux aussi tendres que ceux des girafes. Son sourire illumine son visage. Elle est timide mais elle est la première à s'être souvenue de mon prénom. Et chaque fois que je la croisais dans le village, elle ne manquait pas de me saluer. Chaque jour, elle était parmi les plus fidèles de la bibliothèque.

 

Il y a Anissa, petite adolescente qui aimerait venir plus souvent à la bibliothèque mais qui était embauchée très souvent à la gargote pour servir café et beignet à longueur de journée.

Il y a Duxila, une gamine d'environ 8 ans. Un vrai garçon manqué. Une caïd ! Je me souviens de cette bagarre entre elle et un jeune garçon d'une violence déconcertante. Et pourtant elle était toujours la première à vouloir participer à toutes les activités.

 

 

Il y a Franklin, son frère. Plus grand mais tout aussi caïd! Il était doué. A l'atelier chapeau, il a réalisé le plus raffiné des chapeaux. Incroyable!

Il y a Gaétan, ce jeune garçon de 7 ans qui m'a retourné le cœur avec ses plaies aux jambes non cicatrisées. Un jeu de plus, et il se cogne. La souffrance le prend avec effroi et je le retrouve dans le fossé à chaud de larme. Les enfants pleurent très rarement ici, et si l'on en entend, c'est une réelle souffrance qui est exprimée.

 

 

Il y a Kar, copain de Gaétan, un leader qui joue les durs mais un vrai tendre.

Il y a Nev, ce petit garçon d'environ 5 ans avec un sourire ravageur et des yeux pétillants. Toujours devant l'appareil photo à se fendre la mâchoire.

Il y a Fleur, petite perle frêle, aussi mignonne que son nom l'inspire.

 

 

Et tant d'autres qui m'ont laissé un souvenir indélébile. Je me souviendrai longtemps de leurs tenues souvent en lambeau mais que ne manquent pas de dentelles pour les petites filles, de leurs pieds nus à la peau déjà durcie, de leur morve au nez, de leur papier de bonbons qu'ils collectionnent avec ferveur, de leur jeu d'osselet avec tous les cailloux qu'ils trouvent, de leur éclat de rire devant leur image capturée par nos appareils photos, de leur timidité, de leur trouble face à une caresse dans les cheveux, de leur « Bonjour Colette » scandé dans tout le village, de leur formidable envie de grandir, livrés à eux-même, de leur profond respect vis à vis des adultes....

 



Publié à 19:03, le 3/08/2009,
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