Les Zazakel de Madame Gascar
Entre le nord-est (Manompana), Tanjombato (au centre), le sud profond, une plongée dans un pays fabuleux à la découverte des enfants de Madagascar.

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L'école Fisandratana

L'école est située dans 2 lieux différents de la commune. L'un qui héberge les classes de maternelle et une classe de CP1 ainsi que le collège qui s'arrête pour l'instant à la classe de 4ème. Bâtiments construits en brique, petites classes, voir pour certaines minuscules. Une petite cour de récréation pour les petits avec un portiques tout aussi minuscule, quelques poulets du gardien amusent les enfants à la récréation. Juste à côté, les élèves du collège. Leur classe n'est pas beaucoup plus grande, un tableau noir comme seule décoration, des pupitres brinquebalants. Et chose peu commune, un tombeau honore fièrement la cour de récréation. Suffisamment insolite pour nous autres occidentaux pour qui les morts sont relégués à l'écart des villes dans des cimetières aux murs hauts sans doute par crainte qu'ils ne échappent ! Ici à Madagascar les morts sont les ancêtres, ils protègent les vivants. Les côtoyer de près est bénéfique, rassurant. Et c'est vrai que cette tombe plantée là autour de laquelle les enfants tournent et retournent, jouent à cache à cache, se racontent leur petit secret, semble veiller sur eux.

 

 

Le second site de l'école est plus éloigné, dans le centre du village. Formé de 2 blocs de salles de classe, l'école rassemble les primaires. Des classes surchargées, les plus nombreux sont 63 dans des classes aux cloisons construites à mi-hauteur. C'est dire si les conditions sont idéales pour enseigner et apprendre correctement!

 

 

 

 

Le décor ainsi planté, les acteurs maintenant ! Comment parler de tous ces enfants sans en faire trop ni trop peu, sans sensiblerie ni cliché ! La tâche n'est pas aisée ! Difficile de mettre des mots sur tous ces regards si uniques, sur les émotions qu'ils m'inspirent. Quelques scènes pourront peut-être en dire plus long sur la vie des enfants de l'école et leur rapport avec cette étrangère, passagère d'un jour.

 

  •  après m'être rendue en France dans une école maternelle pour une brève découverte de Madagascar, collectant des chansons françaises, je m'avançais fièrement dans la première classe de CP de l'école Fisandratana, munie de la cassette de chants de ces petits bambins tout blancs. Allez on y va ! Pirouette, cacahuètes ! Ah oui celle là elle est bien! Première difficulté : les zazas malgaches ne comprennent pas un traitre mot de cette chansonnette. Regard stupéfait, intimidé, rieur car l'envie est bien là de tenter de chanter comme les enfants français. Heureusement, l'enseignante et mes traductrices sont là. Tous debout devant leur petit pupitre, ils sont suspendus à mes lèvres, ils n'en perdent pas une miette. Ils n'ont que 6 ou 7 ans et ils semblent être en arrêt devant moi comme s'ils n'avaient jamais vu une vasaha blanche d'aussi près. Drôle de sensation que tous ces regards qui scrutent le moindre détail et geste de votre personnalité! On s'en impressionne, on est déstabilisé et puis on en joue aussi un peu. J' improvise les gestes sur la chanson pour une meilleure compréhension. Tous imitent à la perfection. Ils chantent avec grand cœur. Ils répètent encore et encore avec un sérieux absolu comme s'ils passaient le brevet. Parfois, je me lâche un peu, je me gratte un peu l'oreille et puis voilà mes petits zazas qui font de même. Un éclat de rire nous envahit!

 

  • Avec les collégiens, les rapports étaient plus faciles car la barrière de la langue est atténuée. Première rencontre avec les 5ème, seule dans la classe, je m'avançais avec retenu, j'en ramais pas large. « Bon-jour Ma-dame ». Entrant dans la classe, s'inclinant du chef devant mon passage pour se mettre à leur place, j'étais encore moins rassurée. Je propose de me présenter à eux. Inutile ! Ils connaissaient parfaitement mon nom. Ouaou ! Puis comme dans chaque classe, je n'aventurais à leur chanter ma petite chanson malgache que j'avais mis des soirs à apprendre. Le ridicule ne tue pas, n'est-ce pas! Patiemment ils m'écoutèrent avec un petit rictus au coin des lèvres et sans fausse modestie, je crois même les avoir un peu épatés! Puis, toute ragaillardie, je leur demandais à leur tour de me chanter une chanson française. Et là, je me suis sentie toute petite. Ils entonnèrent tous en cœur et avec une grande justesse la chanson en entier « Fier et libre » de Garou et Marilou. Dépitée je fus de ne pas la connaître. Les couplets dans le détail, le refrain avec entrain. Les filles étaient les plus vives.

    Intense moment! Je compris mieux plus tard que la musique ici à Madagascar fait partie intégrante de leur vie, il ne se passe pas une minute, pas un lieu où l'on entende de près ou de loin une ribambelle à la radio, chantée par qqn dans la rue, à la télévision... Et tous chantent avec justesse, comme ils marchent dans la rue. comme si « chanter faux » n'était qu'une expression qui n'appartenait qu'aux français!
  • Autre moment, autre émoi. C'est étrange ces touts petits garçons de l'école maternelle avec une touffe de cheveux non coupés au sommet de la tête ! Une nouvelle mode malgache ? Des parents déçus de ne pas avoir eu de fille ? Que sais-je encore ? Encore une mignonne bizarrerie malgache qu'on ne tarda pas à m'expliquer. Les parents conservent cette touffe depuis la naissance du bambin par tradition et celle-ci ne sera coupée qu'à la demande explicite de l'enfant. Ça m'a laissé sans voix. La tradition ne m'a pas été plus explicitée. Il faut dire qu'à Madagascar lorsqu'un malgache vous dit « c'est la tradition », on ne cherche pas à savoir pourquoi !

  • Des bonheurs, il y en a tous les jours. On se balade dans les rues d'une ville qui compte environ 60 0000 habitants et vous avez l'impression que tous ici vous connaissent.  « C'est Madame Colette, celle qui apprend le français à l'école Fizandratana ! »

Des bonheurs de se rendre compte combien quelques mots prononcés dans ma langue natale, quelques chansonnettes fredonnées en classe, quelques jeux de bingo ou masques ramenés pour coloriage, quelques perles à l'alphabet français nouées à ces petits cous, quelques pièces en chocolat offertes à leur palais...

remplissent de joie ces enfants qui n'attendent rien de vous et qui sont prêts à tout vous donner. Leur sourire reste toujours ma plus belle récompense.

 

 

 


Publié à 19:56, le 17/08/2010, Tanjombato
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