Les Zazakel de Madame Gascar
Entre le nord-est (Manompana), Tanjombato (au centre), le sud profond, une plongée dans un pays fabuleux à la découverte des enfants de Madagascar.

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Madagascar - Acte II

 

2010 juin juillet

Retour à Tana pour une percée plus profonde dans cette île merveilleuse. Une année s'est écoulée durant laquelle j'ai tissé des liens virtuels (par mails interposés) mais étroits avec ma famille d'accueil de Tanjombato. (commune urbaine dans la banlieue de Tana). C'est eux que je vais retrouver avec une joie immense tant notre première rencontre il y a un an fut aussi rapide qu'intense. En deux jours je me suis sentie faire partie de leur famille comme si j'avais toujours été là. J'ai donc hâte de les retrouver pour les connaître davantage et surtout pour partager un moment fort : un mariage.

Ce retour est aussi pour moi, j'y tiens particulièrement, l'occasion de retrouver les enfants de l'école Fisandratana. L'école privée créée par ma famille d'accueil qui mène cette aventure à bout de bras pour la scolarité du plus grand nombre. L'année dernière, les élèves m'avaient vue passer comme un éclair, cette vasaha rousse ! Je leur avais promis de revenir plus longuement. J'étais donc déterminée à passer dans toutes les classes de la maternelle à la 4ème au moins une1/2 journée par classe. J'avais préparé des petits jeux, des exercices pour s'entraîner à parler français. J'étais impatiente!



Publié à 19:58, le 17/08/2010, Tanjombato
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L'école Fisandratana

L'école est située dans 2 lieux différents de la commune. L'un qui héberge les classes de maternelle et une classe de CP1 ainsi que le collège qui s'arrête pour l'instant à la classe de 4ème. Bâtiments construits en brique, petites classes, voir pour certaines minuscules. Une petite cour de récréation pour les petits avec un portiques tout aussi minuscule, quelques poulets du gardien amusent les enfants à la récréation. Juste à côté, les élèves du collège. Leur classe n'est pas beaucoup plus grande, un tableau noir comme seule décoration, des pupitres brinquebalants. Et chose peu commune, un tombeau honore fièrement la cour de récréation. Suffisamment insolite pour nous autres occidentaux pour qui les morts sont relégués à l'écart des villes dans des cimetières aux murs hauts sans doute par crainte qu'ils ne échappent ! Ici à Madagascar les morts sont les ancêtres, ils protègent les vivants. Les côtoyer de près est bénéfique, rassurant. Et c'est vrai que cette tombe plantée là autour de laquelle les enfants tournent et retournent, jouent à cache à cache, se racontent leur petit secret, semble veiller sur eux.

 

 

Le second site de l'école est plus éloigné, dans le centre du village. Formé de 2 blocs de salles de classe, l'école rassemble les primaires. Des classes surchargées, les plus nombreux sont 63 dans des classes aux cloisons construites à mi-hauteur. C'est dire si les conditions sont idéales pour enseigner et apprendre correctement!

 

 

 

 

Le décor ainsi planté, les acteurs maintenant ! Comment parler de tous ces enfants sans en faire trop ni trop peu, sans sensiblerie ni cliché ! La tâche n'est pas aisée ! Difficile de mettre des mots sur tous ces regards si uniques, sur les émotions qu'ils m'inspirent. Quelques scènes pourront peut-être en dire plus long sur la vie des enfants de l'école et leur rapport avec cette étrangère, passagère d'un jour.

 

  •  après m'être rendue en France dans une école maternelle pour une brève découverte de Madagascar, collectant des chansons françaises, je m'avançais fièrement dans la première classe de CP de l'école Fisandratana, munie de la cassette de chants de ces petits bambins tout blancs. Allez on y va ! Pirouette, cacahuètes ! Ah oui celle là elle est bien! Première difficulté : les zazas malgaches ne comprennent pas un traitre mot de cette chansonnette. Regard stupéfait, intimidé, rieur car l'envie est bien là de tenter de chanter comme les enfants français. Heureusement, l'enseignante et mes traductrices sont là. Tous debout devant leur petit pupitre, ils sont suspendus à mes lèvres, ils n'en perdent pas une miette. Ils n'ont que 6 ou 7 ans et ils semblent être en arrêt devant moi comme s'ils n'avaient jamais vu une vasaha blanche d'aussi près. Drôle de sensation que tous ces regards qui scrutent le moindre détail et geste de votre personnalité! On s'en impressionne, on est déstabilisé et puis on en joue aussi un peu. J' improvise les gestes sur la chanson pour une meilleure compréhension. Tous imitent à la perfection. Ils chantent avec grand cœur. Ils répètent encore et encore avec un sérieux absolu comme s'ils passaient le brevet. Parfois, je me lâche un peu, je me gratte un peu l'oreille et puis voilà mes petits zazas qui font de même. Un éclat de rire nous envahit!

 

  • Avec les collégiens, les rapports étaient plus faciles car la barrière de la langue est atténuée. Première rencontre avec les 5ème, seule dans la classe, je m'avançais avec retenu, j'en ramais pas large. « Bon-jour Ma-dame ». Entrant dans la classe, s'inclinant du chef devant mon passage pour se mettre à leur place, j'étais encore moins rassurée. Je propose de me présenter à eux. Inutile ! Ils connaissaient parfaitement mon nom. Ouaou ! Puis comme dans chaque classe, je n'aventurais à leur chanter ma petite chanson malgache que j'avais mis des soirs à apprendre. Le ridicule ne tue pas, n'est-ce pas! Patiemment ils m'écoutèrent avec un petit rictus au coin des lèvres et sans fausse modestie, je crois même les avoir un peu épatés! Puis, toute ragaillardie, je leur demandais à leur tour de me chanter une chanson française. Et là, je me suis sentie toute petite. Ils entonnèrent tous en cœur et avec une grande justesse la chanson en entier « Fier et libre » de Garou et Marilou. Dépitée je fus de ne pas la connaître. Les couplets dans le détail, le refrain avec entrain. Les filles étaient les plus vives.

    Intense moment! Je compris mieux plus tard que la musique ici à Madagascar fait partie intégrante de leur vie, il ne se passe pas une minute, pas un lieu où l'on entende de près ou de loin une ribambelle à la radio, chantée par qqn dans la rue, à la télévision... Et tous chantent avec justesse, comme ils marchent dans la rue. comme si « chanter faux » n'était qu'une expression qui n'appartenait qu'aux français!
  • Autre moment, autre émoi. C'est étrange ces touts petits garçons de l'école maternelle avec une touffe de cheveux non coupés au sommet de la tête ! Une nouvelle mode malgache ? Des parents déçus de ne pas avoir eu de fille ? Que sais-je encore ? Encore une mignonne bizarrerie malgache qu'on ne tarda pas à m'expliquer. Les parents conservent cette touffe depuis la naissance du bambin par tradition et celle-ci ne sera coupée qu'à la demande explicite de l'enfant. Ça m'a laissé sans voix. La tradition ne m'a pas été plus explicitée. Il faut dire qu'à Madagascar lorsqu'un malgache vous dit « c'est la tradition », on ne cherche pas à savoir pourquoi !

  • Des bonheurs, il y en a tous les jours. On se balade dans les rues d'une ville qui compte environ 60 0000 habitants et vous avez l'impression que tous ici vous connaissent.  « C'est Madame Colette, celle qui apprend le français à l'école Fizandratana ! »

Des bonheurs de se rendre compte combien quelques mots prononcés dans ma langue natale, quelques chansonnettes fredonnées en classe, quelques jeux de bingo ou masques ramenés pour coloriage, quelques perles à l'alphabet français nouées à ces petits cous, quelques pièces en chocolat offertes à leur palais...

remplissent de joie ces enfants qui n'attendent rien de vous et qui sont prêts à tout vous donner. Leur sourire reste toujours ma plus belle récompense.

 

 

 



Publié à 19:56, le 17/08/2010, Tanjombato
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Le Sud profond

 

 

Le Sud profond

Déjà ça inspire! Avant de partir, je rêvais de cet endroit perdu, au cap sud de Madagascar dans un paysage aride que je n'avais pas encore pu observer sur la grande île. Imaginez ! l'extrême sud, au-delà c'est l'Antarctique! Un sud immense de paysage semi-désertique, où l'on croise cactus, sisal, baobabs, didiéracées, des centaines de troupeaux de zébus, de tombeaux d'une splendeur naïve et d'une richesse absolue, un peuple de paysans les Antandroy qui vivent dans ce désert.

C'est tout cela que je rêvais de voir. Je l'ai vu et bien plus encore.

Le sud c'est évidemment Fort Dauphin qui ne m'a pas laissé un souvenir impérissable mise à part une fête nationale bien agréable.

Le sud c'est des petits endroits de mangrove, où pandanus se mirent dans l'eau, où l'on observe des plantes étranges, les népenthes (plantes carnivore), c'est des criques uniques qui semblent avoir été posées là pour offrir à vous seul, leurs courbes protectrices.

Le sud, c'est aussi ces langoustes ou queues de langouste dégustées à s'en lécher les doigts.

Le sud profond, c'est une piste quasi unique qu'on parcourt en 4X4 inévitablement, une piste presque rectiligne qui sillonne le paysage, qui resplendit par sa couleur rouge due à la latérite qui la compose.

Le sud profond, c'est des tortues radiées qu'on croise ici cheminant cahin-caha. Une espèce endémique bien entendu.

Le sud profond, c'est des villageois fiers et robustes qu'on aperçoit sur le bord ou sur la piste. On s'arrête parfois pour le plaisir de se regarder mutuellement un peu mieux. Et ils sont tous comme partout aussi chaleureux, et souriant alors qu'ils vivent ici encore plus qu'ailleurs à Mada, dans des conditions difficiles. La sécheresse sévit une grande partie de l'année. La famine (appelée ici le Kere) est de plus en plus courante. Il n'est pas rare de les voir puiser dans les trous creusés par les véhiculesdans la chaussée , une eau saumâtre pour boire une fois filtrée.

Le sud profond, c'est aussi les plages immenses de sable limpide, de dunes qui ensevelissent petit à petit les villages. Évidemment je m'y suis laissée prendre à la carte postale idyllique, mer bleue, sable fin à n'en plus finir, petit bungalow isolé et seule dans ce paysage, qui ne ce serait pas laissé enivrer!

Il y a mon Nord, ma terre natale, il y a dorénavant mon Sud, ma belle île malgache. Je me savais déjà attachée à ce pays ; cette partie nouvellement explorée, cette nouvelle famille qui m'a conquise, ces zazas si attachants, n'ont fait que renforcer les liens qui m'unissent à cette terre. De là est née l'association Tantely Soa, qui dans un avenir proche vous donnera rendez-vous sur d'autres pages

N'hésitez pas à consulter aussi l'album photo


 


 



Publié à 19:50, le 17/08/2010,
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Madame Gascar

 

Et voilà, je retourne vers cette île rouge, celle qui m'a laissé un souvenir indélébile, il y a 3 ans.

Je reviens vers toi, Madame Gascar, comme la nomme si joliment mon filleul, Noé.

Je pars pour 6 semaines. D'abord un mois auprès des enfants de Manompana de l'association Marmaille à la case, puis 2 semaines vers le nord en touriste solitaire.

Ce mois de bénévolat, je l'ai longuement préparé. Je pars pour un projet d'animation autour de l'astronomie. « Jusqu'à la Lune et retour », tel est le nom que j'ai donné à cette initiative. Sur place je rejoins Manon, une autre bénévole qui passera le mois avec moi.


 



Publié à 19:55, le 8/08/2009,
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Sur la route qui nous mène...

 

Manompana, petit village de brousse sur la côte nord-est de Madagascar.

Le mot « brousse » interpelle déjà, il ne s'agit pas ici d'une végétation sèche mais cette expression s'applique ici pour caractériser un village difficile d'accès. En effet pour s'y rendre nous avons mis – et c'était rapide selon certains! – deux jours depuis notre arrivée en avion dans la capitale Antananarive. La première journée de voyage nous a conduit jusqu'à Tamatave après plus de 8 heures de voiture 4X4 confortablement installées et très chaleureusement accompagnées. Nous avons été conduites par Maurice et Tina, des malgaches habitant à Tana qui nous ont accueillis avec beaucoup de chaleur, à la demande de Vola, une collègue de ma sœur en France. Bref, cette première partie du voyage nous a fait parcourir une route plutôt en bonne état mais très sinueuse. Il fallait bien descendre de la montagne! Tana se situe sur les hauts plateaux alors que Tamatave au bord de la mer sur la côte est. Le second jour, nous avons poursuivi le voyage seules. Une première étape en taxi brousse de Tamatave à Soanierana Ivongo, 4 heures de Taxi-bousse serrés, serés à 24 alors que le TB dispose de 15 places sans compter les poulets qui prennent place sous les sièges et les nombreux paquets en tout genre au volume impressionnant qui tronent sur le toit!

Après ses 4 heures, nous attendons à Soanierana Ivongo, notre chauffeur qui nous emmène vers Manompana. 3 bacs à passer, la route, la nationale 5 n'est plus goudronnée sur cet axe. C'est une nationale mais sablonneuse avec ses trous aussi gros que les zébus qui observent les quelques véhicules passés! Le climat est plutôt humide ici, les trous sont donc immergés assez souvent. Voilà donc après 4 autres heures et notamment 2 bonnes heures d'attente au dernier bac, bloquées par la marée descendante, nous sommes arrivées à la nuit tombée à Manompana.

en attendant le bac à Soenierana Invongo



Publié à 19:58, le 7/08/2009, Soanierana Ivongo
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